Bonjour  Jocelyne,  pouvez-vous nous dire qui vous êtes, en quelques mots ?

" Bonjour..." le sourire est franc, naturel, la posture est droite, belle, fière.

"Je m’appelle Jocelyne et je suis une « fille des Électriciens ». Ma grand-mère a quitté la Pologne en 1900, elle avait 18 ans. Elle rencontre son mari dans le bateau vers la France et ils s’installent tous les deux dans la Cité des Électriciens de Bruay-La-Buissière. Ma mère y est née et elle a été l’avant dernière à partir, en 2011… Elle n’imaginait pas quitter cet endroit. Trop de souvenirs, c’était sa vie.

Je suis née presque dans la cité, au « Château Elby », en face, qui était la maison du Directeur de la Mine et qui est devenu une maternité. "

Qu’est-ce qu’il a de si particulier cet endroit, pour vous ?

" Vous imaginez ? Tous mes souvenirs d’enfance sont ici, toutes les histoires de la famille, des voisins, des amis. C’était notre monde. Je crois que j’en connais chaque pierre. Je suis fière qu’ils aient décidé de restaurer la Cité des Électriciens, elle ne va pas mourir.

Quand ma maman s’est enfin décidée à partir, juste avant Denise et Paul, c’était délabré, c’était pas toujours sûr. Mais c’était sa maison !

Moi, je me suis faite entre les histoires de la mine et l’école qui est en face. J’ai eu la chance d’aimer l’école et qu’elle me le rende bien puisque je suis devenue institutrice.

Mais dès que je parle de la Cité, j’ai des souvenirs qui se bousculent. Vous savez, ce qu’on dit sur la solidarité entre les gens d'ici... C’est vrai.

Tenez, pour le dispensaire de médecine, il faillait faire la queue avec son carnet de santé pour avoir un rendez-vous. Et bien je me souviens que le matin, une seule personne de la Cité y allait, avec tous les carnets de santé de tout le monde et revenait en courant pour dire « tu passes à 10h, tu passes à 10h30… ». Ça peut paraître bête, mais ça montre bien qu’on était un groupe, solidaire."

Quel est votre endroit secret, celui que vous aimez particulièrement, un lieu qui vous parle plus que d’autres ?

" Le carin, devant la maison. On y faisait le feu pour les grandes lessives dans des lessiveuses en zinc. Ma sœur venait poser son chocolat encore emballé dans le papier alu pour le faire fondre…" Souvenir de môme.

Vous avez un souvenir, une image que vous pouvez nous raconter ? 

" Un souvenir ? Non je ne peux pas… J’en ai mille ! 

Les Ducasses sur la petite place, vers l’école qui existe toujours. Les parents qui allaient danser et qui nous laissaient seuls. On était des hordes d’enfants à aider pour monter le parquet de danse.

Les voisines qui faisaient leur lessive le même jour que nous, pour verser l’eau au milieu de la ruelle. Elle poussait l’eau avec des balais, de maison en maison jusqu’à la rue avant que le garde champêtre arrive : attention à l'amende ! "

" Mais aussi le bois et le charbon qu’on rentrait tous ensemble à la cave quand le camion de la Compagnie avait tout versé à l’entrée de la rue. Ou encore la clochette du marchand de glace qui passait dans les ruelles de la Cité… Tiens j’avais oublié !

Et ces après-midis à trier les duvets et les plumes avec les femmes d’origine polonaise pour faire des couettes énormes et chaudes…

Petit secret, le terrain de boule avec sa petite cabane ! Où les hommes allaient jouer et aussi s’enfermaient à l’écart du regard de leur femme pour fumer en cachette et peut-être même boire un coup entre copains. "

 

Et Jocelyne, parle, parle encore et se souvient… Les souvenirs sont souvent joyeux, jamais misérabilistes, c’était une vie rude mais c’était sa vie, entre les femmes qui portaient la Cité (ici, ce sont en fait souvent les femmes qui décidaient, qui décident encore !) et la vie entre enfants, dans les champs et l’école Loubet, toujours présente et qui a guidé sa vie.

Et quand son téléphone sonne, c’est sa maman… Connexion magique et amour profond, cela se voit dans ses yeux :  " Oui, je passe à 16h… Comme tous les jours…".

Solidarité éternelle et aimante… Merci Jocelyne.

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